Le
souci majeur des exploitants de domaines skiables, reste sur une période
d’ouverture et de fermeture pré décidée souvent antérieurement, de pouvoir
offrir à leur clientèle la garantie de possibilité de pratique du ski
et ce dans des conditions optimum de qualité et de quantité du manteau
neigeux.
La production de neige de culture n’est donc pas une fin en soi, mais
simplement le moyen d’honorer le contrat moral existant entre le prestataire
de service et le client.
Cette production doit se doter de moyens suffisants pour permettre la
constitution partielle ou totale d’un manteau neigeux dans les cas les
plus défavorables de manière à offrir une prestation entière qui sera
invariablement proportionnelle aux recettes envisagées.
Il convient donc d’essayer d’apporter des éléments de réflexion, les
plus objectifs et les plus complets pour pouvoir aborder le stade de
la gestion et des prévisions économiques de fonctionnement. L’étude
qui suit est le fruit dans ses généralités, de recueil de résultats,
recensés puis analysés.
Paramètres
techniques de l’I.E.A :
D’après
le cahier des charges techniques prévu lors de la conception initiale
de cette installation en bi fluide, l’enneigement de la piste qui avait
à l’époque une largeur moyenne d’environ vingt cinq mètres pour une
longueur totale de 1305m devait être accompli en 300 heures pour une
épaisseur générale de 40 centimètres de neige à – 4° humide.
Le rapport Air / Eau de ces canons était aux alentours de 84 pour cette
température de référence, et l’on pouvait en simultané produire sur
9 des 21 abris équipés constituant l’ensemble de l’équipement de la
Piste. Malgré l’altitude avale élevée de cette installation, le dimensionnement
des tuyaux avait été fait en prévision d’extensions futures.
Les besoins commerciaux de créer un enneigement satisfaisant dès le
début de saison et impérieux devant les déficits chroniques de la nature
obligèrent finalement à la réalisation de ces différentes extensions
d’antennes, à une augmentation du nombre des abris et enfin, pour maintenir
une puissance simultanée de production, l’ajout d’une pompe supplémentaire
et un rééquilibrage de la capacité en air en fonction du débit d’eau
disponible par heure. Les objectifs visés, ont été permis grâce à l’anticipation
du sur dimensionnement des canalisations, ce qui aurait été difficile
à réaliser par la suite, car à l’époque l’enneigement de culture à ces
altitudes était plus considéré comme un outil de complément que de création
d’un manteau neigeux généralisé. Aujourd’hui l’installation compte 74
abris dont 7 sont mixtes, c’est à dire qu’ils peuvent accueillir des
canons de type mono fluide en remplacement de leurs équipements bi fluides.
Les ressources en eau sont de 130 M3 / heure, non extensibles du fait
du partage de l’alimentation de l’eau avec le réseau d’eau potable.
La puissance disponible en air est de 41 abris en simultanée, soit un
débit d’eau total possible de 95 M3 / heure à –4° humide.
Pour optimiser en équilibrant l’énergie consommée par la production
d’air avec le débit d’eau maximum permis, on peut équiper 2 abris d’un
canon mono fluide dont le débit à –4° humide sera d’environ de 12 à
14 M3 / heure sachant que le seuil de saturation des puissances disponibles
de cette salle des machines sera atteint aux environs de –6° humide
pour ce type de canons bi fluides première génération. En deçà de cette
température, la capacité en air devient excédentaire. Il appartient
dans ce cas de privilégier une production de qualité en réduisant le
débit d’eau demandé par canon ou de ne pas demander le démarrage de
l’ensemble des groupes de production d’air dans un souci de ne pas accroître
les ratios énergétiques de chaque mètre cube d’eau turbinée avec des
groupes fonctionnant à demi charge.
Etude de fonctionnement de l’ I.E.A :
Potentialités
climatiques 
Hormis
les études climatiques préalables à tout investissement et donc de dimensionnement
d’une installation, il est intéressant de pouvoir observer les besoins
de production face aux historiques d’une saison d’hiver. En effet, les
hivers les plus récents ont confirmé l’existence d’une relation entre
les périodes de chute de neige et les besoins de production, le cumul
de la neige naturelle n’étant pas véritablement révélateur, ni artisan
de la conduite à tenir.
On s’aperçoit sur ce premier graphique que malgré un fort enneigement
naturel cumulé, les deux dernières années représentent aussi des summums
de production. En ce qui concerne les débits enregistrés sur les périodes
antérieures à l’hiver 1995 / 1996, on n'en tiendra pas compte puisque
l’installation à subi plusieurs modifications tant au niveau de ses
puissances, que de ses surfaces à enneiger.
En étudiant de façon un peu plus précise les 4 tableaux suivants, on
comprendra le côté paradoxal, de ce qui semble à première vue une contradiction.
En
se référant aux graphiques de la page précédente, on lit que durant
les saisons 1995/1996 et 1996/1997 où il y a eu respectivement 152
cm et 259 cm de neige naturelle cumulée, ce même mois les besoins
en neige de culture sont inférieurs à la moyenne des 4 dernières saisons
et particulièrement durant le mois de novembre 1996 où le cumul des
chutes de neige naturelle était supérieur de plus d’un mètre vis à
vis de l’automne précédent. A l’inverse, les saisons 1997/1998 et
1998/1999 n’ont pas connu de précipitations marquantes sur cette période,
d’où des besoins de production et d’entretien du manteau neigeux,
importants en début puis en cours de ces saisons.
Sur la saison 1998/1999, les cumuls colossaux de neige naturelle des
mois de janvier et février, aidés par un ralentissement de l’érosion
et de la fonte du manteau neigeux grâce à une météorologie froide
et maussade durant les mois de mars et avril, ont évité le redémarrage
des usines jusqu’à la fin de cette dernière saison. Il n’empêche qu’à
l’étude de ces différents éléments, il existe le moyen prévisionnel
de connaître les besoins généraux de chaque piste et donc d’anticiper
en profitant des périodes les plus favorables à la production, sachant
que ce que la nature ne veut donner, il faudra obligatoirement le
faire et non sans souci, compte tenu des enjeux économiques, de la
recherche de la manière la plus adéquate et la moins onéreuse.
Le stockage puis l’étude de statistiques et de mesures analogiques
restent donc le moyen d’acquérir un outil de gestion adapté à la production
de la neige de culture, et l’on peut extraire de toutes ces données
bon nombre de données ou de prévisions telles que les pourcentages
de durées d’enneigement par piste ou leurs besoins moyens en neige
en fonction de leurs surfaces, profils topographies et fréquentations.
Il est enfin à noter que sur cette dernière saison, le volume de production
est sensiblement identique à celui de l ‘année précédente, mais
avec plus de 250 heures d’écart grâce à l’arrivée de 3 vagues successives
de froid polaire. On retrouve finalement la parité, et pour le cas
unique d’un déficit total de neige naturelle en début de saison, entre
la hauteur totale de neige et le volume de production nécessaire.
Répartition
par piste de l'enneigement de culture
L’évaluation
des potentialités thermiques et hygrométriques du site étant faite,
avant l’établissement d’un cahier des charges cohérent et donnant les
heures de froid favorable à la production de neige peuvent permettre
d’établir ainsi un prévisionnel quantitatif. Ces potentialités se retrouvent
corroborer dans l’enregistrement des données de production.
Consommation d'eau
par température humide
Elles
permettent d’obtenir sur un étalement de plusieurs saisons la courbe
moyenne de production par canon et donc d’approcher de façon beaucoup
plus asymptotique les coûts de production pour chaque mètre cube d’eau
turbinée et donc finalement chaque mètre cube de neige produit. En prenant
en compte, le coefficient moyen y compris l’évaporation et les résultats
généraux existants et vérifiés, on considère qu’un mètre cube d’eau
ne peut fournir que deux mètres cube de neige, quelles que soient les
techniques ou les technologies utilisées.
Sur ce graphique on voit que la plage moyenne de températures humides
majoritaires se situe entres – 6° et – 8°. Ce qui pour des canons bi
fluides de première génération donne un rapport Air / Eau d’environ
54 tout type confondu, pour une installation à 1850m d’altitude et une
climatologie de type continentale.
En reprenant le débit moyen d’eau total produit sur les 4 dernières
années qui est de 111534M3 d’eau, la prévision d’un enneigement initial
en 300 heures passe à plus de 1082 heures du fait d’un accroissement
par 6 des surfaces à enneiger pour une augmentation seulement par 3
des ressources en air et sans modification des ressources en eau.
Consommation air /
eau 
|
|
L’accroissement
des puissances en air qui paraissait satisfaisant à un certain moment
et pour ce type de canon, manière de saturer à températures beaucoup
plus marginales l’installation, a trouvé dans la non augmentation des
ressources en eau ses limites de fonctionnement imposant de manière
inéluctable la nécessité de gestion des ressources potentielles face
aux besoins.
L’augmentation de la campagne de production dans le temps n’est à proprement
dit pas un véritable problème, hormis pour les usures des matériels
car la fenêtre de froid apte à la production de neige du fait de l’altitude
se situe autour des 2600 heures par hiver hors la tranche des –2 à –4°
humides où les démarrages d’usines sont, pour des raisons uniquement
économiques, évités.
Les évolutions techniques en limitant d’une part le volume d’air nécessaire
à la transformation et diminuant d’autre part la pollution sonore liée
à la détente de ce même air, ont contribué largement et de façon très
notable à la diminution de ce rapport Air / Eau. L’accroissement des
puissances de groupes de production d’air n'est plus pour nos installations
de première génération des impératifs, il est préférable de s’attacher
à des investissements plus rentables de canons de seconde génération
en parallèle à un accroissement des ressources en eau.
En reprenant notre cahier des charges initial, on s’aperçoit que pour
le même volume d’air disponible les canons de type Borax à –4° humides
peuvent de manière simultanée transformer 369 M3 d’eau par heure au
lieu des 95 originaux. Ce qui fait passer la durée de base de la campagne
d’enneigement à 302 heures au lieu des 1082 heures actuelles. L’investissement,
tout en laissant rêveur, ne pourra cependant pas se finaliser car nul
argument, à l’époque, de sur dimensionnement des canalisations n’envisageait
une telle multiplication des débits par la simple avancée technologique.
Par contre, le bouclage ou la partition de départs d’eau peuvent dans
une certaine mesure permettre réduire les pertes en charge et autoriser
des évolutions dans des proportions de rentabilité et de respect des
lois physiques régissant la dynamique des fluides.
On
peut noter sur ce graphique, un coefficient de minoration de 4 environ
pour le rapport Air/Eau en valeur absolue. Dans la réalité la diminution
de consommation d’énergie disponible à la production n’est que de 3,
compte tenu du besoin supplémentaire d’électricité pour conserver une
puissance instantanée similaire du fait de pompes supplémentaires, c’est
la valeur relative. Il est certain que déjà les derniers canons nés
sont encore plus performants puisque l’on enregistre des rapports air/eau
de 5, ils permettent outre le fait d’économies substantielles au fonctionnement,
de pallier les problèmes de nuisances sonores de par la diminution du
volume d’air détendu. Ils ont par contre l’obligation de travailler
avec des pressions d’eau plus importantes, ce qui ne ressemble pas forcement
à une inéquation puisque dans la plupart des cas les zones d’habitations
sont gravitairement au plus bas des réseaux et donc à l’endroit où la
pression est la plus élevée.
Données
économiques :
De manière à appréhender
les chiffres qui suivent, il faut savoir que l’installation de neige
de culture actuelle est donc composer de 2 réseaux principaux desservis
par 5 salles des machines dont un bac de reprise et un booster, plus
pour des raisons de locaux d’un compresseur déporté. 141 abris desservent
une superficie de 46 hectares sur une longueur totale de 8479 m pour
un dénivelé de 2253 m. Ce qui représente 7.1% du domaine skiable.
La puissance installée est de 3367 kWh, la durée cumulée moyenne de
la campagne d’enneigement est de 2179 heures pour un volume d’eau moyen
transformé de 220 000 M3 sur les deux installations.
Répartition
des puissances
On
voit sur ce graphique la proportion des puissances installées et on
comprend la part importante de l’air dans le volume total des coûts
de production. Il est tout de même à noter que, si le coût moyen de
production d’un M3 de neige est moins onéreux en mono fluide, l’investissement
à puissance instantanée égale est désormais supérieur en se référant
aux études menées par le SEATM.
Pour finir, 3 personnes s’occupent à 95 % de leur temps annuel du
fonctionnement, de l’entretien et éventuellement de la conception
et réalisation d’extensions supplémentaires, en simplifiant, on prendra
le volume total de la masse salariale hors frais généraux et sans
différenciation du fonctionnement et de l’investissement. Pour ce
dernier poste il y a péréquation entre les temps passés et les réalisations
faites par des renforts ponctuels de personnel.
La maintenance comprend aussi bien le contrat d’aide technique que
l’achat de pièces détachées toutes destinations confondues.
Le vieillissement et la casse prennent en compte la moyenne de tous
les événements intervenus sur les 4 derniers exercices de fonctionnement,
non pas en terme d’amortissements mais simplement en valeur comptable,
comme l’obligation prévisionnelle de budget.
Le poste régalage et mise en place de la neige et véhicules, est la
synthèse des frais de l’utilisation des machines de damage pour l’activité
neige, y compris la préparation des pistes en début de saison pour
leur ouverture, ainsi que les coûts générés par l’utilisation d’un
véhicule tout terrain à l’année et de deux scooters des neiges l’hiver.
Le prix de revient d’un mètre cube de neige sur ce type de première
génération se décompose donc de la manière suivante :
Prix
de revient du m3 de neige
|
Prix
de revient du m3 de neige en Frcs |
|
A
la vue de ces 2 graphiques, on voit en comparant les données avec
celles enregistrées au niveau national par Marcel DENARIE, chargé
de mission au SEATM, que les pourcentages incombant à chaque poste
traité sont à peu prés équivalents : 52 % contre 48 % pour le
poste énergie, expliqués par les abonnements à plusieurs poste de
transformation. 11% contre 14 % pour les frais de personnel hors frais
généraux. 18 % contre 20 % pour les frais de mise en place et régalage
de la neige, y compris les frais des véhicules d’hiver et d’été, et
enfin 19% contre 18 % pour les frais de maintenance, le contrat d’aide
technique et le vieillissement des installations dont l’âge moyen
est de 12 ans.
Rappelons que ces chiffres représentent des moyennes sur plusieurs
saisons de fonctionnement et ne révèlent non pas le film du paysage
de la nivoculture français, mais simplement la photographie d’une
installation et de son fonctionnement. Il est certain que ces ratios
vont évoluer en fonction des caractéristiques techniques et du mode
de fonctionnement adopté par les stations.
Pourcentages des
postes liés à la production de neige
L’intérêt
de cette étude est donc de connaître de manière analytique et comptable,
dans un but de gestion et de maîtrise des coûts de revient d’un mètre
cube de neige, le budget global hors amortissements de ce secteur et
dans la prévision de lui offrir une certaine marge de manœuvre puisque
l’impondérable existe aussi dans cette activité où les conditions climatiques
et le vandalisme n’aident pas forcement à la pérennité des machines.
Quant on voit l’importance de ce secteur d’activité, surtout sur le
plan quantitatif, on ne peut se permettre ou laisser permettre une dérive
des performances annoncées sans en subir de façon implacable le retour
sur un plan comptable.
Il est donc de toute première nécessité de s’attacher dès la conception
à des données précises, particulièrement lors de la rédaction du cahier
des charges techniques, et lors du fonctionnement de pouvoir avoir les
outils indispensables de vérification, d’enregistrement et d’analyse
de ces données dans l’unique but de pouvoir satisfaire à la destination
de l’investissement et surtout de sa gestion, et donc de se doter de
ces outils lors de la conception de l’installation et de son process.
Pour finir et en conclusion, comme le démontre déjà l’analyse des coûts
de production de la neige de culture réalisée l’hiver dernier par le
SEATM, les évolutions techniques permettent d’ores et déjà de réduire
de façon considérable les coûts d’énergie et il est certain que les
générations de canons actuels et plus encore celles à venir contribueront
à une neige moins énergivore, que cette étude n’a que la prétention
de donner des chiffres afin de poursuivre la réflexion commune des différents
acteurs de notre profession.
Le débat continue donc, et ne pourra que s’affiner à travers le recensement
et l’étude de fonctionnement de chacune de vos installations. Cette
réflexion ne pourra que se concrétiser qu’avec l’affirmation dans le
temps d’une véritable volonté de moyens et donc de résultats. Nous vous
encourageons donc à renvoyer les enquêtes dûment remplies au SEATM.