| 3
– CONNAISSANCE DE LA NEIGE
3.1.
– LA NEIGE NATURELLE ET SES MÉTAMORPHOSES
3.1.1.
– Les processus de condensation
3.1.1.1. – Les différents états de l’eau
L’eau existe sous trois états encore appelés formes
ou phases :
- solide (glace)
- liquide (eau)
- gaz (vapeur d’eau). La vapeur d’eau est un gaz incolore
et invisible à ne pas confondre avec la buée qui, elle, est formée
de micro-gouttelettes liquide.
Les
passages d’un état à l’autre (fig. n° 1) s’accompagnent d’absorption
ou de dégagement de chaleur (chaleurs latentes).
Fig. n° 1 : Les différents changements d’état de
l’eau
Dans l’atmosphère l’eau existe sous ses trois phases.
Les nuages sont formés de gouttelettes ou de cristaux de glace,
ou des deux à la fois. Ceux-ci apparaissent lorsque l’air est saturé
en vapeur d’eau.
En effet, l’air ne peut pas contenir n’importe quelle
quantité de vapeur d’eau. Cette quantité est limitée à une valeur
qui dépend essentiellement de sa température. Cette valeur maximale
de vapeur d’eau étant atteinte, toute quantité supplémentaire est
alors condensée sous forme solide ou liquide.
VALEURS MAXIMALES DE VAPEUR D’EAU PAR M3
EN FONCTION DE LA TEMPÉRATURE
(Au-dessus d’une surface plane d’eau ou de glace)
| T °C |
+ 20° |
+ 10° |
0° |
- 5° |
- 10° |
- 20° |
| Q/eau |
17,2 g/m3 |
9,4 g/m3 |
4,8 g/m3 |
3,4 g/m3 |
2,4 g/m3 |
1,1 g/m3 |
| Q/glace |
- |
- |
4,8 g/m3 |
3,3 g/m3 |
2,2 g/m3 |
0,9 g/m3 |
Remarque :
Plus une masse d’air est chaude, plus elle peut contenir
de vapeur d’eau.
Imaginons une particule d’air dont la température est
de + 20°C et contenant 9,4 g de vapeur d’eau par m3,
elle n’est pas saturée. Si celle-ci subit un refroidissement (ascendance,
contact avec un sol froid…), amenant sa température à + 10°C, elle
devient alors saturée (cf. tableau). Si le refroidissement se poursuit
jusqu’à 0°C par exemple, il s’en suivra une condensation du « trop
plein » de la vapeur d’eau sous forme de gouttelettes et la
quantité d’eau liquide présente dans la particule d’air sera alors
de 4,6 g par m3 (9,4 g – 4,8 g).
3.1.1.3. – Conditions de condensation liquide et solide
Pour qu’il y ait réellement condensation, la saturation
en vapeur d’eau n’est pas suffisante. En effet, le phénomène n’a
lieu que si il y a présence d’éléments microscopiques sur lesquels
peut se produire la condensation. Ceux-ci sont de deux types :
·
Les noyaux de condensation :
Ce
sont des particules d’un diamètre de 0,2 à 10 microns (sels, particules
organiques, poussières industrielles,…).
·
Les noyaux de congélation :
D’un
diamètre de l’ordre de 0,1 à 10 microns, ils se distinguent des
noyaux de condensation par leur structure généralement cristalline.
Celle-ci, comparable à celle de la glace, semble en effet permettre
la cristallisation des gouttelettes d’eau aux températures négatives.
Cependant, ces noyaux ne sont vraiment efficaces qu’au-dessous de
– 12°C. En l’absence de tels noyaux, l’eau reste liquide. C’est
le phénomène de surfusion.
3.1.1.4. – Formation des cristaux de neige et grossissement
Les cristaux de neige se développent à partir de particules de glace élémentaires,
de formes hexagonales, qu’on nomme germes.
Parmi les gouttelettes d’eau en surfusion qui constituent le nuage, celles
formées sur des noyaux de congélation ou entrant à leur contact
subissent une congélation et donnent naissance à ces germes.
Les gouttelettes surfondues environnantes qui s’évaporent au hasard des
mouvements internes, fournissent de la vapeur d’eau supplémentaire
au milieu. Ce surplus se condense alors en priorité sur le germe
contribuant ainsi peu à peu à la croissance du cristal de glace.
En
résumé les cristaux de glace grossissent aux dépens des gouttelettes
surfondues. On peut ajouter que les plus petits cristaux auront
tendance aussi à se sublimer au profit des plus gros…
3.1.2.
– La neige fraîche (symbole +)
3.1.2.1. – Les types de croissance
Le cristal initial ou germe est un cristal de forme hexagonale. Suivant
les températures qui régneront pendant son grossissement, certaines
de ses parties verront leurs croissances privilégiées (fig. n° 2).
Les
parties privilégiées :
- Les
bases. On aura alors des cristaux du type aiguille ou colonne.
- Les
faces latérales. Le type
sera la plaquette.
- Les
arêtes. Le type sera alors celui bien connu de l’étoile.
Selon leurs séjours dans une ou plusieurs plages de températures différentes,
les cristaux de neige pourront avoir des formes diverses, parfois
complexes, dues aux différents types de croissance subis à la suite
de séjours dans des zones de températures différentes.
LES
DIFFÉRENTS TYPES DE CROISSANCE
(Fonction
de la température)
Fig.
n° 2 : Les différents types de croissance à partir du germe
de glace
3.1.2.2. – Les différents types de cristaux
Les formes des cristaux obtenus qui dépendent des types de croissance subis
peuvent faire l’objet d’une classification. Plusieurs existent mais
celle établie par l’O.M.M. (Organisation Météorologique Mondiale)
est la plus utilisée (fig. n° 3).
Parmi les cristaux de cette classification, le cristal particulier qu’est
la neige roulée, fréquente en hiver, nécessite quelques précisions
supplémentaires.
Ce type de neige est constitué de cristaux ayant traversé ou séjourné dans
des masses nuageuses turbulentes formées de gouttelettes surfondues.
Celles-ci, au contact du cristal, se sont congelées, provoquant
ce qu’on appelle le givrage du cristal. Si ce phénomène dure assez
longtemps le cristal disparaît complètement sous une gangue de petites
particules sphériques de glace opaque et prend l’aspect d’une boule
de « mimosa ».
Fig. n° 3 : Tableau de classification des cristaux
de neige fraîche
selon l’Organisation Mondiale de la Météorologie (O.M.M)
Au sein du manteau neigeux de tels cristaux ne subissent
que peu de transformation et constituent de par leurs formes sphériques
et l’absence de cohésion, des plans de roulement et de glissement
très favorables au déclenchement des avalanches.
Il existe un autre cristal, non mentionné dans ce tableau
et qui présente aussi un certain danger potentiel. Il s’agit du
givre de surface.
Lorsque le ciel est dégagé la nuit, la surface de la
neige subit un refroidissement important. L’air situé à son contact
se refroidit aussi et parvient parfois à la saturation en vapeur
d’eau. Celle-ci se condense alors en paillettes de givre sur les
cristaux de surface. Ceux-ci peuvent atteindre des dimensions de
plusieurs cm. Couchées par les chutes de neiges ultérieures, elles
pourront constituer aussi un plan de glissement idéal pour le déclenchement
des avalanches.
3.1.3.
– Influence des conditions atmosphériques au cours des chutes de
neige
Lorsque les cristaux de neige agglomérés en flocons
sont suffisamment lourds pour vaincre les courants ascendants qui
règnent dans le nuage (qq cm/s à qq m/s) ils tombent.
Si les températures restent négatives jusqu’au sol,
les flocons s’y déposent et persistent pour constituer le manteau
neigeux.
Mais lors de leur chute, les flocons vont subir l’influence
de deux paramètres météorologiques importants : le vent et
la température.
3.1.3.1. – Action du vent

fig4: Mécanisme de formation
d'un pont de glace entre deux grains
Celui-ci va avoir une action mécanique
importante sur les cristaux. Il augmente en effet les chocs, donc
les cassures et par là même, la destruction des structures fragiles.
C’est donc une neige très fragmentée qui se déposera dans les
zones de calme. De plus ces petites particules se souderont entre
elles par des ponts de glace nombreux (fig. n° 4). La neige ainsi
obtenue sera très dense, très compacte, et rigide (plaque à vent).
Fig.
n° 4 : Mécanisme de formation d’un pont de glace entre deux
grains
3.1.3.2. – Actions de la température
Sans vent, avec des températures basses (< - 5°C),
les flocons ne subissent pas de forte transformation au cours de
leur chute. C’est donc une neige peu dense qui se déposera au sol.
Par contre, lorsque les températures sont proches de 0°C les cristaux
de neige se modifient déjà au cours de la chute, parfois même ils
peuvent s’humidifier (Tair > 0°C) et la masse volumique
de cette neige peut être importante (100 à 200 kg/m3).
3.1.4.
– Évolution et métamorphose de la neige au sol
Le manteau neigeux est un empilement de strates de neige
composées de cristaux. Dans chaque couche les cristaux subissent
jusqu’à la fonte finale une évolution propre qui est fonction des
conditions atmosphériques passées et présentes.
Les différents grains de neige
naturelle tombée au sol
Symboles des types de grains fixant les principales
étapes

On distingue deux types
de métamorphoses:
Les métamorphoses de la neige
sèche:
Une neige sèche est une neige
qui ne contient pas d'eau liquide.Les différences de température
dans une couche conditionnent de la neige sèche.
En pratique il existe trois types de métamorphoses de la
neige en fonction des différences de température mesurées
dans le manteau neigeux. Ces métamorphoses s'opèrent
suivant des seuils donnés par le calcul d'une formule appelée
gradient de température.
Fig.
n° 6: Calcul du gradient vertical de température
Le schéma suivant synthétise les métamorphoses de la
neige sèche.
Température neige < 0°C ET T.E.L. = 0 %
GT = Gradient de Température
FAIBLE
GRADIENT GT < 5°C/m
MOYEN
GRADIENT 5°C/m < GT < 20°C/m
FORT
GRADIENT GT > 20°C/m
Les
métamorphoses de la neige humide
La neige est dite humide lorsqu’elle contient de l’eau
liquide. C’est alors un mélange de glace, d’air et d’eau liquide.
Quels que soient les cristaux ou grains de neige, lorsqu’ils sont
humidifiés, ils s’arrondissent pour se transformer en « grains
ronds ». La rapidité de cette transformation dépend de la quantité
d’eau liquide présente.
Le schéma suivant synthétise les métamorphoses de la
neige humide.
Température neige = 0°C ET T.E.L. > 0 %
3.2.
– PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE LA NEIGE
La neige est un matériau poreux, mélange de glace, d’air
et parfois d’eau liquide. Ce matériau possède des propriétés physiques
spécifiques.
3.2.1. – Définition des variables physiques
de la neige
Fig. n° 1:Variation de la masse volumique
de la neige fraîche selon la température et la vitesse du vent
La masse volumique de la neige peut varier entre 40
kg/m3, pour une neige fraîche froide et légère, et 600
kg/m3 pour une vieille neige de névé.

Fig.
n° 2 : Répartition des masses volumiques selon les types de
grain (d’après E. PAHAUT)
3.2.1.2. – La teneur en eau liquide de la neige
La neige est dite humide lorsqu’elle contient de l’eau
liquide. Elle est alors à 0°C. On détermine l’humidité de la neige
en mesurant sa teneur en eau liquide (T.E.L.) volumique ou massique
(en %).
Masse
d’eau liquide
______________________________________ = T.E.L. massique
Masse totale de neige (glace, eau liquide, air)
Masse
d’eau liquide
____________________= T.E.L. volumique
Volume total de neige
C’est généralement la T.E.L. volumique qui est mesurée.
3.2.2.
– Propriétés mécaniques de la neige
3.2.2.1. – La cohésion de la neige
La cohésion de la neige dépend de la qualité des liaisons
entre les grains. on distingue quatre types de cohésion :
 
Fig. n° 3 : Cohésion de feutrage

Fig. n° 4 : Cohésion de frittage
 
Fig. n° 3 : Cohésion capillaire
 
Fig.
n° 6 : Cohésion de regel
3.2.2.2. – Tassement, compression et traction
Fig.
n° 7 : Zones de contrainte maximale sur une pente de neige
La neige résiste assez bien à la compression
mais très mal à la traction. Sur les pentes, les zones de convexité
sont des zones de traction et les concavités sont des zones de compression
(fig. n° 7). La neige est donc un matériau compressible et ceci, d’autant
plus qu’elle est récente et de masse volumique faible.
3.2.3.
– Propriétés thermiques de la neige
3.2.3.1. – Isolation thermique
Le matériau neige contient de l’air qui en fait un isolant
thermique. Cette qualité sera d’autant meilleure que la quantité
d’air sera importante et donc que sa masse volumique sera faible.
La neige fraîche dont la masse volumique est généralement dans nos
régions de l’ordre de 100 kg/m3 (89 % d’air) sera un
bien meilleur isolant que la neige de névé à 500 kg/m3
(45 % d’air).
3.2.3.2. – Capacité calorifique et chaleurs latentes
La quantité d’énergie ou de chaleur nécessaire pour
élever la température de la neige de 1°C est de 0,5 calorie, ou
2,1 joules, par gramme (capacité calorifique).
Pour passer d’un état (ou phase) à un autre l’eau dissipe
ou absorbe de la chaleur (chaleur latente). L’ordre croissant d’état
énergétique de l’eau est :
glace – eau liquide – vapeur
Les changements d’état dans ce sens se feront avec absorption
de chaleur et avec dégagement de chaleur dans l’autre sens.
TABLEAU DES VALEURS DES CHALEURS LATENTES
DES DIFFÉRENTS CHANGEMENTS D’ETAT
| CHANGEMENT D’ETAT |
NATURE DU FLUX DE CHALEUR |
CHALEUR LATENTE |
| (CAL/g) |
(Joules/g) |
| FUSION |
ABSORPTION |
80 |
334 |
| ÉVAPORATION |
ABSORPTION |
598 |
2 500 |
| SUBLIMATION |
ABSORPTION |
678 |
2 834 |
| CONDENSATION LIQUIDE |
DÉGAGEMENT |
598 |
2 500 |
| SOLIDIFICATION |
DÉGAGEMENT |
80 |
334 |
| CONDENSATION SOLIDE |
DÉGAGEMENT |
678 |
2 834 |
3.2.4.
– Les échanges neige atmosphère
Fig.
n° 10 : interaction rayonnement solaire/neige
L’état
thermique du manteau neigeux conditionne les métamorphoses et
dépend du bilan de ses échanges énergétiques avec l’atmosphère.
3.2.4.2. – Le rayonnement thermique
Comme tous les corps, la neige émet en permanence, de
jour comme de nuit, un rayonnement infrarouge dit rayonnement thermique.
La neige se comporte comme « un corps noir ». Cette émission
de rayonnement s’accompagne d’une perte d’énergie de la neige et
se traduit, en l’absence de compensation telle que le rayonnement
solaire, par une baisse de température parfois importante de sa
surface (nuit claire et sans vent).
L’atmosphère, notamment la vapeur d’eau, et les nuages
offrent le même phénomène d’émission de rayonnement thermique. La
totalité de ce rayonnement émis vers la neige est absorbée par celle-ci.
C’est pourquoi les nuits nuageuses et humides ne permettent pas
un abaissement important de température de la neige de surface.
Dans ce cas l’émission de rayonnement thermique de la neige est
compensée par celle de la couverture nuageuse et de la vapeur d’eau
(fig. n° 11).

Fig. n° 11 : Interaction rayonnement
thermique/neige
3.2.4.3. – La pluie et la neige
L’effet principal de la pluie sur le manteau neigeux
est de l’humidifier. L’énergie qu’elle apporte sert surtout à réchauffer
la neige, car la fusion qu’elle provoque est un phénomène qui demeure
limité. Une pluie de 10 mm à + 5°C ne fait pas fondre plus de 1
cm de neige à 0°C et de masse volumique égale à 100 kg/m3.
Par contre elle provoque un fort tassement qui donne l’impression
que la neige a fondu.

Fig. n° 12 : interaction précipitations/neige
Les chutes de neige refroidissent
ou réchauffent le manteau neigeux. Le sens des échanges dépend des
températures respectives de la neige qui tombe (généralement égale
à la température de l’air), et de la neige de surface du manteau
neigeux (fig. n° 12).
3.2.4.4. – Température de l’air, humidité et vent
La neige peut se réchauffer (au plus jusqu’à 0°C) ou
se refroidir au contact de l’air qui s’écoule à sa surface. Ces
échanges dépendent de la différence de température entre les deux
milieux, de l’humidité de l’air et de la vitesse du vent qui a pour
effet d’accélérer les échanges. Néanmoins, la neige étant un bon
isolant, réchauffement ou refroidissement seront lents à se propager
à l’intérieur du manteau neigeux (fig. n° 13).

Fig. n° 13 : Action du vent
sur les échanges air/neige
3.2.4.5. – Flux thermique de sol La terre maintient en permanence un flux d’énergie à
la base du manteau neigeux par l’intermédiaire du « flux thermique
de sol ». Bien que faible, cet apport de chaleur permet de
maintenir la base du manteau neigeux à 0°C. Rappelons à ce sujet
que contrairement à la croyance générale, ce flux thermique ne permet
pas au manteau neigeux de fondre à la base de façon importante.
La fusion significative du manteau neigeux se fait toujours à partir
des couches superficielles.
Fig. n° 14: Action du flux thermique
de sol à la base du manteau
neigeux
Pour passer d’un état (ou phase) à un autre l’eau dissipe
ou absorbe de la chaleur (chaleur latente). L’ordre croissant
d’état énergétique de l’eau est :
glace – eau liquide – vapeur
Les changements d’état dans ce sens se feront avec absorption
de chaleur et avec dégagement de chaleur dans l’autre sens.
TABLEAU DES VALEURS DES CHALEURS LATENTES
DES DIFFÉRENTS CHANGEMENTS D’ETAT
| CHANGEMENT D’ETAT |
NATURE DU FLUX DE CHALEUR |
CHALEUR LATENTE |
| (CAL/g) |
(Joules/g) |
| FUSION |
ABSORPTION |
80 |
334 |
| ÉVAPORATION |
ABSORPTION |
598 |
2 500 |
| SUBLIMATION |
ABSORPTION |
678 |
2 834 |
| CONDENSATION LIQUIDE |
DÉGAGEMENT |
598 |
2 500 |
| SOLIDIFICATION |
DÉGAGEMENT |
80 |
334 |
| CONDENSATION SOLIDE |
DÉGAGEMENT |
678 |
2 834 |
3.2.4.
– Les échanges neige atmosphère
Fig.
n° 10 : interaction rayonnement solaire/neige
L’état
thermique du manteau neigeux conditionne les métamorphoses et
dépend du bilan de ses échanges énergétiques avec l’atmosphère.
3.2.4.2. – Le rayonnement thermique
Comme tous les corps, la neige émet en permanence, de
jour comme de nuit, un rayonnement infrarouge dit rayonnement
thermique. La neige se comporte comme « un corps noir ».
Cette émission de rayonnement s’accompagne d’une perte d’énergie
de la neige et se traduit, en l’absence de compensation telle
que le rayonnement solaire, par une baisse de température parfois
importante de sa surface (nuit claire et sans vent).
L’atmosphère, notamment la vapeur d’eau, et les nuages
offrent le même phénomène d’émission de rayonnement thermique.
La totalité de ce rayonnement émis vers la neige est absorbée
par celle-ci. C’est pourquoi les nuits nuageuses et humides ne
permettent pas un abaissement important de température de la neige
de surface. Dans ce cas l’émission de rayonnement thermique de
la neige est compensée par celle de la couverture nuageuse et
de la vapeur d’eau (fig. n° 11).

Fig. n° 11 : Interaction rayonnement
thermique/neige
3.2.4.3. – La pluie et la neige
L’effet principal de la pluie sur le manteau neigeux
est de l’humidifier. L’énergie qu’elle apporte sert surtout à
réchauffer la neige, car la fusion qu’elle provoque est un phénomène
qui demeure limité. Une pluie de 10 mm à + 5°C ne fait pas fondre
plus de 1 cm de neige à 0°C et de masse volumique égale à 100
kg/m3. Par contre elle provoque un fort tassement qui
donne l’impression que la neige a fondu.

Fig. n° 12 : interaction précipitations/neige
Les chutes de neige refroidissent
ou réchauffent le manteau neigeux. Le sens des échanges dépend
des températures respectives de la neige qui tombe (généralement
égale à la température de l’air), et de la neige de surface du
manteau neigeux (fig. n° 12).
3.2.4.4. – Température de l’air, humidité et vent
La neige peut se réchauffer (au plus jusqu’à 0°C) ou
se refroidir au contact de l’air qui s’écoule à sa surface. Ces
échanges dépendent de la différence de température entre les deux
milieux, de l’humidité de l’air et de la vitesse du vent qui a
pour effet d’accélérer les échanges. Néanmoins, la neige étant
un bon isolant, réchauffement ou refroidissement seront lents
à se propager à l’intérieur du manteau neigeux (fig. n° 13).

Fig. n° 13 : Action du vent
sur les échanges air/neige
3.2.4.5. – Flux thermique de sol
La terre maintient en permanence un flux d’énergie à
la base du manteau neigeux par l’intermédiaire du « flux
thermique de sol ». Bien que faible, cet apport de chaleur
permet de maintenir la base du manteau neigeux à 0°C. Rappelons
à ce sujet que contrairement à la croyance générale, ce flux thermique
ne permet pas au manteau neigeux de fondre à la base de façon
importante. La fusion significative du manteau neigeux se fait
toujours à partir des couches superficielles.
Fig. n° 14: Action du flux thermique
de sol à la base du manteau
neigeux

3.3.
- LA NEIGE DE CULTURE
Contrairement à la neige naturelle, la formation du
cristal de neige de culture ne provient pas d’un phénomène de
condensation solide de la vapeur d’eau (passage direct de l’état
gazeux à l’état solide), mais simplement de la solidification
des gouttelettes d’eau (passage de l’état liquide
à l’état solide) : c’est pourquoi les cristaux de neige de culture
ne peuvent avoir l’apparence que de granules de forme sphérique.
3.3.1 Propriétés physiques de la neige de culture
Plus stable sur les plans thermodynamiques et mécaniques,
la neige de culture ne se tasse que très peu.
En
fonction de la distance du point de mesure à l’enneigeur les
propriétés de la neige produite sont différentes.
Masse
volumique
Les
mesures effectuées à ce jour donnent une moyenne d’environ 400
kg/m3 de neige. En règle générale, emprisonnant peu
d’air elle ne se tasse pratiquement pas. Elle a une moyenne
de densité 4 fois supérieure à une neige naturelle, fraîche
et sèche. La masse volumique supérieure de la neige de culture
confère à ce matériau une plus grande facilité de cohésion et
un potentiel de résistance mécanique plus élevé. La qualité
de fabrication et donc la masse volumique de la neige produite
peut être sélectionnée en faisant varier le débit instantané
d’eau.
Il
est couramment admis que 2m3 de neige sont produits
à partir de 1m3 d’eau.
Teneur
en eau liquide (TEL)
S’il n’y a quasiment pas d’eau dans un volume de neige donné, soit une
teneur en eau liquide proche de 0 %, la neige est dite
sèche. Difficilement préhensible, elle ne permet pas
la formation de boules de neige par compression.
·
Avec une teneur
en eau liquide inférieure à 2 % : la neige produite est
assimilée comme étant peu humide. Elle autorise
la formation de boules de neige par compression et retrouve
son apparence initiale après fragmentation.
·
Avec une teneur
en eau liquide comprise entre 2 et 4 % : la neige est dite
humide. Elle permet la formation de boules de
neige sans retour possible à l’état initial après fragmentation.
·
Et enfin pour
une teneur en eau liquide supérieure à 4 % : la neige est
dite mouillée. Une boule de neige formée prend
la couleur de la glace, elle ne se fragmente pas et de nombreuses
gouttelettes se forment pendant la compression.
Résistance
au cisaillement
L’analyse
des mesures s’effectue au scissomètre :
·
Neige sèche :
elle présente une résistance au cisaillement relativement faible
équivalente à celle mesurée pour une cohésion de frittage.
·
Neige humide
ou mouillée : sa résistance au cisaillement,
initialement faible, augmentera dans le temps avec le phénomène
de regel et sera d’autant plus élevée que la température de
l’air ambiant est basse.
Résistance
à l’enfoncement
Les
sondages effectués dans le manteau neigeux montrent que la neige
de culture présente une excellente résistance à l’enfoncement
de la sonde par battage. Ils corroborent les résultats des mesures
de résistance au cisaillement et confirment ainsi l’aptitude
de la neige de culture à résister au phénomène d’érosion dû
au passage des skieurs.
3.3.2 Métamorphoses de la neige de culture
A
priori les grains qui composent la neige de culture avant métamorphose
sont des grains de diamètre variable de 0,2 à 1 mm.
Rappelons
que les grains ronds présentent un diamètre variable de 0,5
à 2 mm et les grains fins un diamètre variable de 0,2 à 0,4
mm.
La
seule métamorphose des grains ronds connue à ce jour est la
métamorphose destructive c’est à dire le retour à l’état liquide.
Ainsi :
Par température extérieure positive on assiste au phénomène
de fonte des grains ronds (TEL importante et faible albédo).
Ces deux propriétés conjuguées accélèrent le phénomène de fonte.
Par
température extérieure négative il y a création de ponts de
glace entre les grains ronds.
La
métamorphose des grains fins peut être d’un autre type que celle
des grains ronds (voir schéma page 32).
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